Alimenter le cheval âgé

La problématique du cheval âgé est une question encore assez récente. Cela fait en effet assez peu de temps que des chevaux sont gardés de façon régulière en retraite et que les durées de vie à nos côtés pour nos chevaux domestiques s’allongent.

L’alimentation joue un rôle crucial pour permettre à nos chevaux de vieillir en santé. Elle peut aussi aider à retarder le processus naturel du vieillissement.

  • A quel âge nos chevaux commencent-ils à vieillir ?

Il existe des correspondances entre les âges des chevaux et des humains. Il est considéré qu’un cheval de 20 ans correspond à un Homme de 60 ans, soit un rapport de 1 à 3 qui peut être appliqué dès les trois ans du cheval. Un cheval de 30 aurait donc en âge humain approximativement 90 ans.

Néanmoins, il n’y a pas de réponse unique. L’âge du début du vieillissement dépend beaucoup de la vie du cheval et il y a aussi, comme chez nous, une grande variabilité individuelle. Le cheval devient âgé quand les signes extérieurs du vieillissement apparaissent. Généralement ces signes sont tissulaires, comportementaux et organiques.

Il est possible, par exemple, de voir apparaître des poils blancs sous le toupet, de voir les salières se creuser, d’observer une fonte musculaire et une diminution des graisses corporelles.

Apparition de poils blancs sous le toupet

Au niveau comportemental, le budget temps du cheval, c’est-à-dire la répartition de ses activités sur 24h tendra à se modifier. Les chevaux âgés passeront généralement plus de temps au repos et auront une activité physique spontanée moindre (ils limitent leurs déplacements). Le comportement alimentaire peut lui aussi évoluer de façon plus ou moins importante. Les chevaux peuvent perdre l’appétit par période, les préférences alimentaires vont souvent évoluer et le rythme d’ingestion peut lui aussi être modifié.

Quand le cheval vieillit, il est observé une diminution de l’efficacité des fonctions physiologiques et métaboliques. Par exemple, le système digestif devient moins efficace, comme en témoigne les difficultés de dégradation de certaines matières premières ou bien la baisse d’absorption de nutriments chez certains sujets âgés.

  • Les besoins nutritionnels du cheval âgé

La question de l’entretien du cheval âgé étant encore assez récente, il existe peu d’étude s’étant intéressée à ce sujet. Néanmoins, quelques données sont disponibles. Ces dernières nous indiquent que le besoin énergétique d’entretien diminue avec l’âge.

Le besoin d’entretien correspond à la quantité d’énergie nécessaire pour couvrir les dépenses qui correspondent à la vie et à l’activité d’un cheval qui n’assure aucune production :

  • Métabolisme de base (fonctionnement des organes vitaux, maintien de l’intégrité des cellules et des tissus)
  • Ingestion, digestion, excrétion des déchets, thermorégulation, déplacement

Chez le cheval âgé ce besoin diminue notamment en raison de la baisse d’activité spontanée (déplacement).

Le besoin azoté serait également plus faible. En revanche, les besoins en minéraux et certaines vitamines, comme la vitamine C augmentent.

  • L’alimentation en pratique

Objectifs :

  • Respecter les besoins comportementaux (le cheval est un herbivore qui s’alimente quasiment en continu) et nutritionnels
  • Nourrir en prenant en compte les spécificités de leur âge pour favoriser leur longévité
  • Stabiliser l’état corporel, toute perte étant difficile à regagner

L’alimentation du cheval peut se voir comme une pyramide. La base de l’alimentation d’un herbivore étant toujours le fourrage, le concentré pouvant être ajouté en complément, si nécessaire et le complément minéral vitaminé venant compléter également si nécessaire les carences éventuelles en minéraux et vitamines de l’ensemble de l’alimentation du cheval.

Pour le cheval âgé, il ne faut pas perdre de vue cette pyramide mais il va falloir l’adapter pour correspondre à ses besoins.

Par exemple, la valorisation des fourrages grossiers est moins bonne chez le cheval âgé. Nous l’avons vu un peu plus haut, son système digestif est moins efficace pour extraire les nutriments mais ses dents peuvent également être moins efficaces. De plus, la production de salive diminue. Une diminution de l’efficacité des tables dentaires peut conduire le cheval à une perte d’état importante car il ne peut plus ingérer correctement son foin. Le suivi par le dentiste et l’observation de son cheval sont donc deux éléments primordiaux pour détecter au plus tôt une gène pour consommer le foin.

Exemple de « boulettes » de foin mâchées puis recrachées par une ponette de 33 ans

Il faut donc adapter le fourrage distribué aux capacités du cheval âgé. Il est préférable de privilégier un foin de bonne qualité (stade début épiaison) qui sera moins ligneux donc plus digeste et plus facile à mâcher. Il est également possible de hacher le fourrage ou de le passer au purificateur ce qui peut le rendre plus appétent pour certains chevaux.

Pour des chevaux qui auraient de grosses difficultés à consommer le foin, il est possible de leur préparer des bouchons de foin en les réhydratant dans de l’eau ce qui les rend bien plus facile à consommer que du fourrage grossier. Ces bouchons de foin vont permettre de conserver un temps d’alimentation correct, d’apporter des fibres au cheval qui assureront une sécurité digestive et de couvrir une partie de ses besoins nutritionnels. Au niveau de la composition préférez les riches en graminées fourragères.

D’autres aliments riches en fibres et faciles à mastiquer peuvent également être utilisés.

Bouchons de foin

Même avec une dentition défaillante, le cheval âgé parvient généralement à consommer l’herbe qui est bien plus tendre que le foin. Il est, à ce titre, souvent plus facile de gérer des chevaux âgés quand il est possible de leur fournir une herbe de qualité. Là encore une végétation à début épiaison leur permettra de couvrir leurs besoins nutritionnels, de satisfaire leur comportement naturel d’alimentation et d’assurer une bonne hygiène digestive. Attention néanmoins aux sujets susceptibles de présenter des intolérances aux sucres. La rotation entre les différentes pâtures permettra de disposer d’une végétation de qualité, de limiter le surpâturage et de diminuer le risque de parasitisme.


Pour ce qui est des concentrés ils peuvent être utilisés, en complément des fourrages, pour aider le cheval à couvrir l’ensemble de ses besoins nutritionnels et donc à se tenir en état. Il est très important de limiter la proportion de céréales (car elles contiennent de l’amidon) pour ne pas provoquer de problèmes digestifs et ne pas accentuer des problèmes d’intolérance métabolique aux glucides. Pour un cheval dans la force de l’âge, les recommandations actuelles fixent une limite de 1g d’amidon/ kg de cheval / repas ou bien 2g d’amidon / kg de cheval / jour. C’est donc une limite à ne pas dépasser pour les chevaux âgés. De plus, comme leur digestion est moins efficace il est préférable d’être en dessous de cette limite. Il faut donc privilégier de petits repas réguliers pour ne pas surcharger les fonctions digestives. Les aliments concentrés distribués doivent être de bonne qualité, notamment les sources protéiques qui doivent être bien pourvues en lysine et thréonine.


L’apport d’un complément minéral vitaminé et sa composition dépendront de l’ensemble de l’alimentation du cheval. Si le cheval reçoit du foin et un aliment du commerce (généralement déjà pourvus en minéraux et vitamines) alors le CMV peut ne pas être nécessaire (en fonction des besoins du cheval et des quantités d’aliment distribué). En revanche, si le cheval ne reçoit que du foin ou de l’herbe. Ou que les fourrages sont associés à une ration « maison » basée sur une ou plusieurs céréales, alors le complément minéral vitaminé est obligatoire pour couvrir l’ensemble des besoins en minéraux et en vitamines. Il sera alors adapté en fonction de l’alimentation, de l’environnement et des besoins.

Il faut couvrir les besoins du cheval âgé sans excès. La complémentation en minéraux et vitamines si elle est nécessaire par rapport à l’alimentation distribuée doit l’être en continue et non par cure.


Il est à noter que pour le cheval âgé une source protéique de qualité est vivement conseillée dans les « rations maison ». Des aliments bien pourvus en acides gras essentiels comme les huiles végétales peuvent être utilisés.

Une alimentation équilibrée par rapport à l’ensemble des besoins nutritionnels permettra au cheval de mieux vieillir, de conserver plus longtemps un état corporel correct, de limiter l’apparition ou le développement de maladies ostéo-articulaires, d’avoir une corne et un poil de qualité et le plus important de conserver son moral.

 Un calcul de ration peut être un vrai plus pour la mise en place d’une alimentation adaptée au cheval âgé.

  • Vieillissement et maladie de Cushing

Le syndrome de Cushing ou PPID (Pituatary pars intermedia dysfunction) est causé par un dérèglement hormonal. La dégénérescence des cellules de l’hypophyse induit une production accrue d’hormones, notamment d’ACTH (adrénocorticotrophine) ainsi qu’une hyperstimulation du cortex surrénalien. Cela provoque une production anarchique d’hormones dites de stress comme le cortisol.

Les signes principaux sont des anomalies de la mue, une fonte musculaire avec un abdomen distendu.  Le cheval présente souvent un amaigrissement, un abattement et une sudation excessive. Chez certains, il est possible d’observer une sensibilité aux infections et également une prédisposition aux fourbures.

Chez les chevaux touchés par le syndrome de Cushing, il peut être observé un dérèglement du métabolisme du glucose et des lipides. Il est alors très important d’adapter l’alimentation en proposant des quantités de fibres importantes et peu de glucides dans l’alimentation (faire attention à l’amidon des céréales mais également aux sucres contenus dans les fourrages).

L’alimentation est donc un point très important pour permettre à nos chevaux de bien vieillir. Bien sûr, le bien-être et la santé sont des éléments multifactoriels et un vieillissement en santé dépend également d’autres paramètres comme la possibilité d’évoluer dans un environnement stimulant, avoir des contacts sociaux ou garder un lien privilégié avec son humain. Les suivis vétérinaires et dentaires sont également obligatoires.

Tout au long de sa retraite, une observation régulière de votre cheval vous permettra de déceler au plus tôt tout changement de comportement ou le début d’une perte d’état pour y répondre au plus vite.

 

Quelques points clés :

  • Un environnement de qualité et stimulant
  • La possibilité de maintenir une activité physique légère pour se maintenir en forme (petites balades en main si la santé le permet)
  • Ne pas oublier que le cheval âgé est aussi un herbivore et que pour favoriser son bien-être il faut penser à son comportement naturel d’alimentation (s’alimenter quasiment en continu)
  • Un suivi sérieux de la dentition
  • Une observation régulière
  • Garder le lien

 

Références bibliographiques :

GETTY J, 2013. Aging horse.

INRA, coordinateur William Martin-Rosset, 2012. Nutrition et alimentation des chevaux. Edition QUAE

LECOQ L, 2013. Fiche technique, le syndrome de Cushing. http://www.medecineinternechevaux.com/espace-client/fiches-techniques/cheval-cushing/

WOLTER R., BARRE C., BENOIT P., 2014. L’alimentation du cheval, 3ème édition. Editions La France Agricole